dimanche 3 décembre 2017

TROM : Interview 1994


A l'instar des YOUNG GODS auxquels ils étaient souvent comparés, les membres du groupe TROM, qui s'était brillamment distingué en son temps au niveau du microcosme underground, nous arrivaient tout droit des éminences helvétiques. Formation atypique au sein de la scène goth, celle-ci se caractérisait par des sonorités métalliques offensives et proches du Hardcore comme du Metal sombre, mais aussi et surtout par les puissant vocaux gutturaux de son chanteur, Fabrice.


Voici donc une interview exclusive réalisée fin 1994, et publiée dans le N°1 du fanzine REQUIEM GOTHIQUE.


Propos recueillis par Hans Cany

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Hans : Comment les membres de TROM se sont-ils rencontrés ?

 
Fabrice : Tout d'abord, TROM fut ROMANTIK DINOSAURUS, avec les mêmes musiciens et une chanteuse. J'ai rejoint le groupe il y a trois ans, après avoir fait la connaissance d'Olivier, bassiste, qui avait joué le rôle de la Mort dans un de mes films. Nous avons alors changé le nom du groupe, et la musique a évolué vers un style plus radical et plus travaillé.




Etes-vous satisfaits de la diffusion de votre MCD "Balmor" ?


Nous sommes distribués en France par Semantic via Le Son de l'Innocence, et c'est bien. Les Suisses sont comme d'habitude plus longs à la détente (ils sont même d'un immobilisme congénitalement constipé, je parle ici de REC-REC pour les nommer, car ils sont vraiment lamentablement frigides, et pour les autres pays cela vient doucement. Disons que pour un premier mini, c'est pas mal. Nous sommes surtout contents de faire plein de concerts.


L'utilisation de la langue tchèque dans un couplet de votre chanson "Praha" découle-t-elle des concerts que vous avez donnés dans ce pays ? Ou bien l'un d'entre vous est-il d'origine tchèque, peut-être ?

Notre premier concert à l'étranger fut à Prague, et nous avons tous un faible pour la magie que dégage cette ville au passé mystique encore palpable. De plus, l'un de nos frères de route est d'origine tchèque, et joue des percussions sur l'un de nos nouveaux morceaux. Les deux explications n'en font donc qu'une.




Qu'est-ce qui a inspiré la rédaction d'un texte aussi morbide que "Là où naissent les têtes de sang" ?  Et peux-tu nous dire quelques mots sur Ouroboros, l'étrange créature reptilienne à laquelle il est fait allusion à la fin de cette chanson ?

 
"Là où naissent les têtes de sang" parle en fait de nos angoisses, peurs qu'il nous faut affronter pour accepter certains côtés de la vie que trop souvent nous voulons fuir. Il aborde aussi le thème de la génération, un bébé venant au monde avec la tête en sang, et ayant été conçu dans l'obscurité totale. Pour moi, la mystique permet d'affronter ces peurs et réminiscences avec un esprit détaché de toute morale ou préjugé social, et d'ainsi pouvoir visiter des lieux intérieurs qui, après tout, n'ont de morbide que leur apparence, d'après les croyances stupides que s'évertuent à nous mettre en tête les larves infra-humaines qui veulent nous uniformiser. Le sang est la vie, et nous sommes tous issus du ventre noir où naissent les têtes de sang. Ouroboros est un serpent, parfois ailé, qui est le plus souvent représenté se mordant la queue, donc en forme de O, et au milieu duquel est inscrit : "Un le Tout".
Le serpent est depuis toujours le symbole de l'initiation, de la connaissance, et "Un le Tout" signifie que rien n'est sans le Tout, qui n'est qu'un. Le nom d'Ouroboros vient des alchimistes, mais le serpent est nettement plus ancien, bien qu'alors il ne fût pas refermé. Que l'on songe à Mélusine, à Quetzalcoatl, ou encore à certains passages bibliques.



Qu'est-ce qui t'attire  chez un auteur comme H.P. Lovecraft ? Je me suis laissé dire que c'était pour toi une référence majeure...

Ce qui peut m'attirer chez lui, c'est l'audace poétique avec laquelle il tente de percer l'inconnu, nous plongeant dans un univers terrifiant mais pas illusoire, puisque la plupart de ses oeuvres font référence à des mythes ou légendes qu'il n'a pas inventés. Son côté paranoïaque est également édifiant, au sujet des phobies que peuvent occasionner les recherches occultes auxquelles il se livrait. Lovecraft est véritablement un visiteur d'outre-monde, et son expérience ne peut qu'être utile à tous ceux qui se risquent dans ces contrées scellées par l'obscurité, la puanteur et l'angoisse.



Vous intéressez-vous aux mystères des continents et civilisations disparus, ou bien encore aux énigmes alchimiques liées aux cathédrales gothiques, pour ne pas citer les travaux de Fulcanelli ?

Tous les mystères nous passionnent, principalement l'Alchimie puisqu'elle est la continuation des traditions des civilisations disparues. Je crois que l'histoire officielle se trompe, et que bien des mythes sont plus que des affabulations. De même la science devrait-elle s'intéresser aux travaux des alchimistes, seule science avec la magie qui allie raison et intuition, science et religion, en bref qui prône l'harmonie des contraires. De plus, pour parler de Fulcanelli, sa poésie symbolique est parfois un excellent moyen de transport vers les hauteurs, et il semble réellement avoir un savoir immense, qu'il tire de ces majestueux livres de pierre que l'on nomme cathédrales.



 

Quels sont les évènements ou situations les plus étranges qu'il t'ait été donné de vivre ?

Les rêves lucides, les états de réalité non-ordinaire occasionnés soit par la prise de divers produits, soit par une fatigue intense. Personnellement, je me souviens avoir rêvé d'un scarabée d'or. Au moment où j'allais m'en saisir, un souffle glacé est passé dans ma chambre, sur mon dos, avant de sortir par la fenêtre. J'ai depuis souvent senti cette présence, mais j'ai aussi pris mes précautions...
Par ailleurs, la réalité multi-faces que nous vivons quotidiennement est la chose la plus étrange qu'il m'ait été donné de vivre. 


 


Si l'on te dit : MINISTRY, NINE INCH NAILS, TREPONEM PAL, KILLING JOKE etc : que t'inspire l'actuelle montée d'intérêt pour la scène Metal Indus ?

J'aime bien MINISTRY, et certains KILLING JOKE. Nous avons un soir, après notre concert à Genève, fait une jam avec TREPONEM PAL, et ils nous ont traités comme de la merde. Ce qui ne me gêne pas puisque j'en suis une, mais il m'a semblé qu'eux pensaient qu'ils n'en étaient pas. Il faut dire qu'ils sont des stars, par rapport à nous...
La montée d'intérêt pour cette scène nous satisfait, bien que nous ne nous sentions pas toujours proches de ces groupes, même si l'on nous compare sans arrêt à cet autre groupe suisse qui marche pas mal, ces temps-ci...




Les groupes de "Hardcore gothique" genre CREAMING JESUS ont-ils influencé la ligne musicale de TROM ? Vous vous décrivez vous-même comme une groupe de "Gothic-core", sur l'un de vos flyers...

Désolé, mais nous ne connaissons pas CREAMING JESUS. A vrai dire, nous n'écoutons que peu de musique du même genre que la nôtre.




Quels sont donc vos goûts littéraires, musicaux et artistiques ?

Plutôt éclectiques, voici quelques noms :
Platon, Schopenhauer, Eliphas Levi, Fulcanelli, Socrate, Castaneda, Baudelaire, Lautréamont, Lovecraft, Feyerabend, Papus, Sokal, Liber Mud, Laborit, Crowley, Uderzo, fred, Huxley etc... pour la littérature.
Hendrix, VAGTAZÖ HALOTKEMEK, DEAD CAN DANCE, Wladimir Vissotsky, MORDOR, KILLING JOKE, MINISTRY, JOY DIVISION, SISTERS OF MERCY, FIELDS OF THE NEPHILIM, BURNING SPEAR, MLADA FRONTA, Bob Marley, Rachmaninov, chants grégoriens, THIS MORTAL COIL etc... pour la musique.
Nous n'aimons pas trop l'Electro-Techno-Space, même gothique.
Pour  les arts, Bosch, Münch, Klee, Schiele, Giger, Otavon et d'autres encore, mais assez de noms pour aujourd'hui.




Vous vous occupez également d'une association, Undead Product. De quel type d'activités s'agit-il ?

Undead Product s'occupe de faire jouer à Neuchâtel les groupes que nous aimons bien comme LUCIE CRIES, VOTRE SEIGNEURIE ou MLADA FRONTA. Les groupes intéressés peuvent donc nous écrire, nous les mettrons aussi en contact avec notre manager pour plus de dates en Suisse.




Quels sont les projets de TROM pour 1995 ?


 
Tournées à travers l'Europe, pas encore de dates précises, et enregistrement d'un CD en mai prochain, qui sera de longue durée. Et puis visiter des espaces inconnus, sombrer pour mieux renaître, continuer à avancer pour ne pas s'effacer. Boire du sang et ingurgiter des pourritures terrestres, manger du poisson, prendre du poison.




Pour clore cet entretien, une treizième et ultime question s'impose : la MORT à l'envers a-t-elle quelque lugubre propos à ajouter, avant de retourner à son sinistre repaire ?

13 : Bon chiffre pour terminer...


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DISCOGRAPHIE

. Demo 1992
. MCD "Balmor" 1993
. CD Live "Evil" 1995
. Mini CD (EP) "31' 1996



"Balmor" (FULL EP) :

Tracklist :

1. Nigra Opera
2. Chemical Sky
3. Praha
4. Balmor
5. Là où naissent les têtes de sang


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Archives du groupe (interviews, paroles etc) :
http://numa.chez.com/trom

 

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