samedi 2 décembre 2017

MORDOR (Swi) : Interview 1995 [En français]


Mystérieuse formation d'une longévité qui n'a d'égale que sa confidentialité, MORDOR est un combo helvétique de Funeral Doom, fondé en 1990 EV sur les ruines du groupe de Black Metal ARÖG.
MORDOR compte parmi les plus obscurs et les plus hermétiques groupes du genre, lequel peut être sommairement défini comme combinant les aspects sonores du Doom/Death Metal extrême, lent et extrêmement lourd, et de l'Industriel martial et symphonique à la LAIBACH, le tout enveloppé dans une atmosphère ténébreuse oppressante, sépulcrale et grandiose.

La musique n'étant envisagée par MORDOR que comme le support d'un concept mystico-métaphysique beaucoup plus approfondi que chez la plupart des autres formations de Funeral Doom, l'interview qui suit, à défaut de paraître accessible à tout le monde, favorisera un meilleur aperçu de leurs conceptions chez les lecteurs avertis, pour ne pas dire "initiés". Les connaisseurs pourront notamment y relever d'insistantes références aux oeuvres de l'Italien Julius Evola et du Français René Guénon, même s'il y est aussi fait allusion aux Templiers, à la comtesse Bathory, aux mythologies, ainsi bien sûr qu'à
l'oeuvre de J.R.R. Tolkien. Aventurons-nous donc plus avant dans ce Mordor...

Entretien avec Scorh Anyroth
Propos recueillis par Hanns Wehrwolf
pour le numéro 2 du fanzine Requiem gothique
en août 1995 (Era Vulgaris)

Hanns : Hail à toi, Scorh. MORDOR semble de toute évidence se rattacher à la scène dite "Funeral Doom", et au Metal sombre en général. Comment définirais-tu votre style actuel, et comment expliquerais-tu l'évolution de votre musique ?

Scorh Anyroth : Nos racines musicales proviennent effectivement en grande partie de  ce qui a été appelé Black Metal, un dérivé extrémiste du Metal dont l'image, à défaut d'une doctrine, était au moins aussi importante que la musique elle-même. Si la base de cette musique était une version plus "sale" du Metal, très vite certains groupes plus expérimentaux comme CELTIC FROST ont commencé à y incorporer des instrume,ts issus de la musique classique. La découverte de groupes comme LAIBACH et FOETUS, précédés des SWANS et de GODFLESH, n'a fait que confirmer qu'il était possible de créer une synthèse entre le Metal et d'autres genres afin d'arriver à un style réellement sombre, à même d'exprimer la complexité des éléments que nous voulions évoquer par la musique. Si nous devions définir notre style, nous estimerions que le mot "DARK" serait le plus approprié. Mais il nous semble impropre de parler d' "évolution", idée moderne trop souvent rattachée au "progrès", alors que chacune de nos réalisation est un moyen différent d'essayer de cerner le principe ultime de toute chose. Sur le plan de la forme, s'il peut sembler y avoir "progression" (structures plus complexes, meilleure production etc), le fond, lui, est toujours le même : utiliser la musique pour atteindre l'inconditionné, en évoquant différents chemins pouvant y mener.



H : Le Mordor, c'est une sorte d' enfer sur lequel règne le maléfique Sauron, dans la mythologie de Tolkien. Pourquoi ce choix pour le nom du groupe ? Et peux-tu nous en dire plus sur les plans de sa signification et de sa symbolique ?
 
S : Même si son oeuvre est sans doute un classique de l' Heroic Fantasy, il ne faut pas oublier que Tolkien était un grand spécialiste du folklore anglo-saxon, lui-même étant de souche nordique. de notre côté, si nous avons choisi le nom "Mordor" provenant de la trilogie "Le Seigneur des Anneaux", c'est que sa signification (le pays des ténèbres) a deux aspects importants : les Ténèbrent, qui symbolisent parfaitement le Principe Originel, le non-manifesté, au-delà de la multiplicité et de l'être, dont toute chose dépend mais dont lui-même ne dépend de rien, et enfin l'idée d'un pays, , d'un Etat spirituel diamétralement opposé à ceux modernes, qui au lieu d'être un appel vers l'inconditionné ne sont plus que des gestionnaires de numéros. Dans cette optique, Sauron symbolise le monarque universel qui doit reconquérir son royaume afin d'ériger un nouvel ordre... et sa tour l'axe du monde, axis mundi. Quant  aux anneaux, ils peuvent évoquer les différents niveaux qu'il est nécessaire de franchir  avant de parvenir à l'absolu. Evidemment, cette interprétation nous est personnelle, et n'a pas grand-chose à voir directement avec l'histoire contée dans le "Seigneur des Anneaux". Mais il n'en reste pas moins que cette trilogie est une quête initiatique.



H : Pourquoi la pochette de votre ancienne démo "Odes" reproduit-elle une photo de cette fameuse sculpture que d'aucuns identifient au Baphomet, lui-même lié à l'ésotérisme des Templiers ?

  S: Que ce soit le Baphomet, l'Androgyne, le Rebis des hermétistes, ou l'Ardhanârisvara hindou, il est un des symboles les plus essentiels qui soient, celui de la non-dualité, de la réunion des principes mâle et femelle, de la Conscience et de la Puissance, de l'Esprit et de l'Energie, du sujet et de l'objet. il représente tout entier ce qu'est la voie, et ce à quoi devrait au moins aspirer, à défaut de le réaliser, tout homme qui serait véritablement "normal". Les Templiers sont d'autre part pour nous un modèle en ce qui concerne l'organisation d'une société régulière, où tous ses différents aspects, qu'ils soient artistiques, économiques ou autres, sont soumis au spirituel. En tant qu' Ordre de moines guerriers, ils représentaient l'union originelle entre autorité spirituelle et pouvoir temporel, contemplation et action. ce qui ne les empêchait pas d'avoir un système économique plus efficace que celui moderne... simplement il y avait une juste hiérarchie entre les différents domaines de l'activité humaine. notons d'autre part que l'intervention du roi Philippe le Bel devait précipiter la fin de la monarchie, et préparer la révolution bourgeoise, donc l'avènement des sociétés modernes matérialistes. Mais les Templiers resteront l'exemple de ce que le christianisme a pu avoir de meilleur, en ayant été rectifié par des contacts avec l'islam ésotérique, ainsi que par l'intégration d'éléments "païens".




H : La comtesse Bathory et son château de Csejthe, à commencer par le titre même de votre demo/album portant ce nom, semblent avoir inspiré plusieurs de vos compositions. Parle-nous un peu de ce personnage...

S : Erzsébet Bathory nous a effectivement fascinés par son histoire, sa quête d'une éternelle beauté, sa noblesse, ainsi que par son dégoût de l'existence ordinaire. Mais elle est surtout un symbole extrêmement fort, celui de la féminité abyssale et destructrice. Parmi les deux archétypes fondamentaux de la femme, l'homme ordinaire ainsi que la femme ordinaire privilégient celui de la Mère, de Déméter, dont la fonction essentielle est l'enfantement.Mais il existe également celui de l'Amante, d'Aphrodite, que malgré les apparences peu d'hommes et de femmes réalisent sous sa vraie forme,  (même inconscient, le besoin d'enfanter se retrouve chez la plupart des femmes aux moeurs dites "légères"; si pour les hommes l'enfantement ne les concerne guère, , ils en restent généralement au niveau strictement physique, sans cerner la dimension "subtile"), parce qu'il implique quelque chose de "magique", d' "énergétique". Sous son aspect extrême, cet archétype devient Perséphone, Durgâ, le féminin se complaisant dans le sang et la mort, la destruction. Il s'agit là de la substance antérieure à toute forme , de la violence de la Nature  dans son élémentalité, , que la plupart des hommes craignent secrètement. La pulsion du désir, de l'amour, est aussi celle de la mort...
Erzsébet Bathory, elle, contrairement à la plupart des femmes qui ignorent tout des  potentialités que leur offre la Nature, n'a pas craint de suivre cette voie lunaire, même si elle a du en payer le prix. dans le cadre du chemin que nous parcourons, , axé principalement sur la Main Gauche, elle représente un équivalent de Kâlî. De plus, son côté nettement aristocratique, même dans un Moyen-Âge déjà décadent, est loin de nous déplaire, bien au contraire...Enfin, si les vampires existent à leur façon réellement, , émanations du monde subtil, le mythe du vampirisme sous sa forme courante est pour nous une représentation qui nous touche beaucoup : l'accès à l'immortalité, même s'il faut la comprendre dans un sens non physique, le couple prédateur/proie, l'absorption du sang, tout cela peut être pour le moins significatif.


H : lors de vos concerts, quelles réactions et quelles émotions cherchez-vous à susciter au sein du public ? Et vous arrive-t-il de vous produire en France ?

S : N'appréciant guère l'ambiance usuelle des concerts, qui conviennent bien aux sociétés de masse de notre époque, nous n'en donnons pas. Il y eut une exception cette année, où dans le cadre de notre collaboration avec Incense, nous avons joué à Limoges avec TROM et PROTON BURST dans les souterrains d'une galerie d'art, avec des installation d'art contemporain incluant ossement, charniers etc.  Nous ne cherchons pas particulièrement à susciter des émotions au sein du public, ni à nous extérioriser en montant sur une scène. notre but n'est ni individualiste ni collectif, mais impersonnel. jouer en ce lieu, c'était rendre hommage à la Puissance du Temps Transcendant, donc en apparence délibérémlent sectaire, mais en vérité ouvert sur l'absolu, que très peu de personnes peuvent appréhender, ne serait-ce qu'intellectuellement. . Alors tant mieux si certains, après notre passage, ont pu saisir quelque chose du silence; le reste n'a en fait guère d'importance.




H : Entretenez-vous des contacts et des rapports amicaux avec d'autres groupes ?

S : Nous avons un certain nombre de contacts avec des groupe Black Metal ou autres, mais le seul que nous recontrons de temps en temps, c'est TROM, et en général plus pour parler de ce qu'il y a derrière la musique que pour elle-même.
sur un autre plan, nous entretenons une amitié avec les gens d' Incense (et donc avec ASHES TO ASHES), basée non seulement sur des points de vue convergents sur la situation de notre époque aionsi que sur la contrepartie nécessaire, mais également sur la nécessité d'un cheminement. certaines situations, liées à des états de fatigue intense, ont permis déjà d'éprouver que la vraie connaissance n'est pas seulement théorique, mais essentiellement réalisation.




H : quels sont vos centres d'intérêt et vos activités, en dehors de MORDOR ?  
S : Il faut bien comprendre que la musique n'est qu'un des domaines liés à MORDOR, même si certains peuvent trouver cela prétentieux. MORDOR est avant tout une vision globale du monde dépendant directement de la sphère spirituelle, et régissant tous les autres domaines devant lui être naturellement subordonnés, qu'ils soient artistiques, politiques, sociaux ou autres. Il n'y a donc pas de séparation entre ces centres d'intérêt et MORDOR, la musique constituant un excellent moyen de relater ce qui la dépasse. Pour le reste, en ce qui concerne le domaine des contingences de ce monde propre aux individualités formant MORDOR, , il n'est pas intéressant de les mentionner ici. seule la doctrine est importante, non les personnes et leurs avatars quotidiens qui la diffusent.



H: Projetez-vous la réalisation d'un album CD ?

S : A ce jour, notre premier CD est déjà sorti, et consiste en la réédition de notre première démo "Odes", sortie en 1990.Cette réalisation inclut la face B de la cassette "Csejthe / Odes"  +  le morceau de 25 minutes qui n'avait pu y trouver place.
"csejthe", additionné de deux morceaux, devrait être disponible très prochainement en CD. il y aura également un troisième CD de transition pour la fin 1995 ou le début 1996, mais rien n'est encore défini précisément.

H : Comptez-vous élargir votre distribution en France ?

S : Nous ne fonctionnons guère sur le principe de la recherche du succès à tout prix, et n'essayons pas de bâtir une stratégie en ce sens, ce qui peut expliquer notre statut de groupe culte à défaut d'être très connu. notre but premier et inaltérable est de vouloir nous relier à ce qui est plus qu'humain. Maintenant si, par hasard, notre musique peut atteindre une certaine ampleur quantitative, , nous ne le renierons pas, car c'est un moyen à défaut de diffuser  nos  idées de rappeler que depuis la fin du Moyen-Âge, les civilisations occidentales (et malheureusement une partie de celles orientales) se sont enlisées dans le matérialisme, et que des systèmes absurdes érigés en absolu sont présentés comme la vérité.


H : quels sont vos goûts ert influences littéraires, musicaux et artistiques ?
 

S : Pour ce qui est des livres, il ne s'agit pas ici de "littérature". Disons que l'oeuvre de Julius Evola et de René Guénon nous a  donné en quelque sorte une seconde naissance sans laquelle la vie n'est rien, celle de l'esprit. elle nous a permis de nous retrouver dans le fonctionnement  de spiritualités mal comprises et des déviations propres à notre époque,  avec les sociétés dites "démocratiques" se disant "laïques", ce qui ne signifie rien d'autre qu' "ignorantes", ainsi que l'aspect subversif de la science, philosophie, psychanalyse,  qui ne sont que des connaissances i,complètes. La Weltanschauung mordorienne est très imprégnée de ces auteurs, mais aussi d'autres comme  Mircéa Eliade, Alain Daniélou, Platon, Plotin ainsi que différents ouvrages traditionnels  etc jouent une influence non négligeable.  Pour ce qui est de la littérature, en excluant Gustav Meyrink et certains auteurs du domaine fantastique (HP Lovecraft, Robert E Howard, Bram Stoker qui fit partie de la Golden Dawn etc), nous n'avons guère le temps de nous y intéresser, l'ésotérisme étant bien plus important.
Sur le plan musical, à part le Black/Death/Doom Metal, l'Industriel, le Gothique, l'Electronique façon WHITEHOUSE, certaines formes ethniques, nous apprécions beaucoup la musique classique, spécialement Stravinsky, Rachmaninov, Prokoviev, ainsi que le classique contemporain. Les arts anciens, spécialement tantriques, nous attirent également ainsi que Bosch et, pour notre époque, Giger. certaines formes de l'art contemporain  méritent aussi une attention, même s'il est évident qu'à notre époque, , l'art lui-même n'a plus de lien avec le supra-personnel.






H : Comment peut-on résumer vos conceptions et croyances quant à l'évolution et au devenir de notre monde et de l'humanité ? 
 
S : Il serait trop long de développer en détails ici une véritable analyse de l'histoire de l'humanité, même moderne. Pour ceux intéressés, la meilleure solution consiste à consulter les ouvrages suivants : Révolte contre le monde moderne de Julius Evola, La crise du monde moderne ainsi que Le règne de la quantité et autres signes des temps  de René Guénon. Sur un plan plus profane, un philosophe comme Nietzsche  a su voir lui aussi la venue du "dernier homme".
S'il fallait esquisser un résumé de l'action  qui a permis le triomphe de nos sociétés actuelles, il faut d'abord rappeler que la conception moderne du temps avec un déroulement linéaire ne peut être compatible avec la doctrine des cycles qui donne au temps une qualité. A des époques différentes correspondent des niveaux différents, avec un degré plus ou moins grand de "solidification", c'est-à-dire d'éloignement du Principe. L'Âge de Fer auquel nous appartenons est loin de constituer ce "sommet" que quelques esprits pétris d'illusions continuent de voir dans les civilisations à caractère technologique. Bien au contraire, à la place de ce "progrès" dont on nous rebattait tant les oreilles, il est nécessaire de faire intervenir la notion de décadence., l'homme n'étant plus capable de voir que le monde des sens. Historiquement, le Moyen-Âge constitue un arrêt dans le processus d'involution générale en Occident, qui n'échappera malheureusement pas à la soi-disant "renaissance", à l'humanisme et aux tendances libérales qui, en voulant privilégier la "liberté"puis la Raison, allait définitivement couper l'homme de ses véritables racines. La Révolution bourgeoise de 1789 allait préparer le triomphe du matérialisme, , et avec l'industrialisation donner naissance aux sociétés actuelles, ayant pour caractéristique la dictature de l'économie, le triomphe de la masse, sans parler de la dégradation quasi-générale de tous les domaines de l'activité humaine. Individualisme et collectivisme sont en fin de compte étroitement liés. Mais l'impersonnel est désormais quelque chose de trop élevé pour que l'être humain puisse même y aspirer. Alors que la seule justification au fait de vivre est de chercher l'accomplissement, la réalisation de sa véritable nature suprapersonnelle, la majorité des "bovidés" peuplant les cités ne pensent plus qu'à se distraire, à avoir le ventre plein et  à s'oublier de multiples manières. dans cet environnement délétère, les rares gens ayant conscience de l'absurdité sans nom dans laquelle vivent la majorité de  leurs contemporains sont pris pour des marginaux, alors même que la majorité de ceux qui se veulent "rebelles" témoignent qu'ils sont foncièrement issus du même moule que ceux contre lesquels ils luttent. A ceci, il ne reste qu'une solution, la fin du cycle. Que ce soit par la guerre, la maladie, la misère ou par  intervention surnaturelle, il  est temps que le ménage soit fait. . Que l'homme se décide s'il veut être du monde de la nature, des animaux ou celui de l'esprit, des dieux, ou plus simplement qu'une juste hiérarchie unisse ces deux sphères.



H : Eh bien merci, Scorh, d'avoir pris le temps de répondre à mes questions. As-tu des projets à annoncer, ou quelque chose à ajouter pour conclure cet entretien ?

S : Les projets ne manqueraient pas : nous aimerions beaucoup sortir un livret résumant les conceptions dont nous nous inspirons, afin de compléter l'aspect musical.  Mais ceci demanderait trop de temp pour que nous puissions le réaliser à court terme.
Sinon, il nous semble évident que le monde actuel se précipite joyeusement vers l'abîme, insouciant et toujours en quête de "prospérité, de bien-être matériel, de nouvelles façons de s'amuser. L'instruction obligatoire et les médias ont réussi le plus grand lavage de cerveaux que même les régimes totalitaires n'ont pu réaliser, car chez eux il était plus ou moins avoué. Ainsi de nos jours, parler seulement d'une société entière tournée vers le spirituel amènera inévitablement les mots "anachronique", "insensé", "dépassé". Mais c'est oublier que certaines choses sont intemporelles : le Principe n'a pas besoin de l'humain pour se manifester, alors que l'humain, lui, peut ignorer sa vraie nature, continuer à s'agiter et mener sa misérable vie. Les cimetières sont pleins de gens indispensables...



DISCOGRAPHIE
. "Odes" Demo / CD (1990)
. "Csejthe" Demo / CD (1992)
. "Les Armées de Sauron" Picture disc vinyl 7" (1994
 



 VIDEOS



Tracklist :

1. Bloody Comtess
2. First Birth Of the Cruel Nymph
3. Last Demoniac Invocation
4. Self Immolation for my Sweet Goddess of the Dark Dawn
5. The Moment of the Worship of Total Evilution
6. In Search of the Pure Negation
7. Agony: The Ascent of the Mountain

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