dimanche 4 août 2019

EPITAPHE - I [CHRONIQUE]

EPITAPHE
I

CD Digipack

Aesthetic Death
2019


En règle générale, je suis davantage porté sur le Black que sur le Death Metal. Sauf lorsque ce dernier ne se borne pas à une orgie bête et méchante de brutalité bestiale plus ou moins grasse, et qu'il parvient à mettre en place une atmosphère réellement noire, obscure voire mystique, une atmosphère lui conférant une profondeur et une âme réelles, bien loin de la pseudo-transgression et de la rebellitude à deux balles pour adolescents prépubères fans de gore et autres "slasher movies" hollywoodiens. Avec ce premier album sobrement intitulé "I", les Grenoblois d'EPITAPHE me démontrent sans équivoque qu'ils font partie de ces trop rares exceptions, ce qui m'amène tout naturellement à me pencher plus avant sur leur cas.

Le visuel de la pochette, qui n'affiche même pas
le nom du groupe, a d'emblée quelque chose d'énigmatique et d'intrigant.  Oeuvre réalisée en 2015 par l'artiste finlandais Petri alla-Maunu -qui signe aussi trois autres oeuvres figurant sur les volets intérieurs du digipack- , cette peinture,qui s'intitule "Le ciel tombe" a quelque chose de saisissant et d'interpellant. Aux confins de l'art abstrait et de l'expressionnisme, il en émane à la fois l'idée d'effondrement, de nuées et de trombes descendantes, d'indicible chaos  éthéré, alourdi de nuages opaques et menaçants . Ceci illustre idéalement le contenu sonore de l'objet, qui oscille constamment entre vacarme cataclysmique, relents mortuaires et folie furieuse.

Dès les toutes premières notes introduisant Smouldering Darkness , le ton est donné, conditionnant et captivant instantanément l'auditeur de par une ambiance vibrante, étrange et  dissonante, à laquelle succède vite intro lancinante,  sépulcrale,  entêtante. Sur fond de vocaux grondants et gutturaux typiques du genre, de rythmiques martelées  et de riffs de guitare dévastateurs, on réalise assez vite que c'est en fait un Death Metal psychédélique et progressif qui se révèle. A la fois ouranien et chtonien, il est fait se  sonorités caverneuses alternant les flambées de démence furibondes avec la torpeur hallucinée de ralentissements plus ambiants, lesquels se rapprochent par moments d'un Doom-Death rappelant les débuts d'EVOKEN, voire même quelquefois d'un Funeral Doom lourd et  ténébreux du meilleur effet, qui n'est d'ailleurs pas sans me rappeler les grands anciens d'ESOTERIC, référence reconnue et assumée des membres d'EPITAPHE.

C'est donc bel et bien de Death Metal dont il s'agit ici. Mais d'un Death mature et cérébral, créatif, au fort pouvoir de suggestion,  invitant au voyage mental et qui a véritablement une âme.  Un Death particulièrement intense et puissant, dont la personnalité s'avère suffisamment forte  pour que l'on se laisse volontiers  immerger dans son univers fantasmagorique, aussi angoissant, anxiogène et psychotique soit-il. Immersion n'est d'ailleurs peut-être pas le terme le plus approprié qui soit, s'agissant plutôt d'une plongée, voire d'une chute vertigineuse dans le tourbillon infernal d'une sorte de puits sans fond...
 
Cinq long morceaux dont la durée varie grosso modo entre 10 et 20 minutes -si l'on excepte toutefois l'instrumental Rêveries , sorte d'interlude apaisé et  progressif  qui porte bien son titre- se déclinent ainsi sur une heure de musique. Mais la structure variée des compositions fait que l'écoute intégrale du disque s'effectue tout naturellement, sans qu'à aucun moment une sensation d'ennui ou de longueur excessive se fasse ressentir. Il s'agit là d'un signe qui ne trompe pas : celui d'une oeuvre réussie, de celles qui méritent réellement qu'on s'y intéresse... et de faire date.

En résumé,  voici donc une très bonne découverte qui vient enrichir le cercle restreint des groupes de Death qui auront su capter toute mon attention, et remporter mon adhésion. EPITAPHE est de ceux qui me font porter un regard différent sur le style, et qui font que je m'y intéresse toujours, de manière sélective. Le potentiel de cette formation est tel qu'elle constitue indéniablement une étoile montante de la scène, non seulement française mais aussi internationale. Ce n'est sans doute pas un hasard si ce premier opus sort chez Aesthetic Death, célèbre label britannique qui se singularise par son goût prononcé pour ce qui sort de l'ordinaire, et qui a souvent le don de dénicher des talents atypiques, en n'ayant pas peur de leur offrir leur première opportunité discographique. A suivre près et avec intérêt, donc. Car croyez-moi,  la qualité de ce qu'ils font en vaut largement la peine.


Hans Cany




NOTE : 7,5/10

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CD Digipack disponible directement
via la boutique en ligne du label :
www.aestheticdeath.com


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EPITAPHE

Bandcamp
epitaphe.bandcamp.com

Official Facebook Page
www.facebook.com/epitaphemetal


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TRACKLIST
1. Smouldering Darkness 19:07
2. Embers 10:02
3. Rêveries 3:44
4. Downward Stream 9:56
5. Monolithe 20:20

Durée totale :1h 03mn

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