dimanche 11 février 2018

Les Contes de Blue River, par Charles Bitterson [CHRONIQUE LITTERAIRE]


 Dans ce recueil, le jeune auteur Charles Bitterson nous présente trois longues nouvelles dont les intrigues respectives, se succédant chronologiquement, ont pour cadre commun Blue River, agglomération provinciale fictive perdue au fin fond de l'Oregon.

 Suivant un fil conducteur fort bien agencé, ces trois histoires liées entre elles - mais pouvant aussi être lues indépendamment les unes des autres - nous font chacune basculer du quotidien paisible et routinier d'une modeste bourgade typique de l'Amérique profonde à des évènements tragiques, et à des situations proprement cauchemardesques qui

viennent en bouleverser brutalement l'apparente mais ô combien trompeuse tranquillité.

 C'est qu'il y a décidément quelque chose de maudit, à Blue River. Et tout particulièrement en un de ses lieux précis, un terrain par lequel survient encore et toujours le Mal, quels que soient les efforts déployés par les gens du cru pour l'éradiquer. Protéiforme, indicible, tapi dans l'obscurité là où l'on ne soupçonnerait guère sa présence, il guette patiemment ses proies et fond sur elles aux occasions les plus inattendues.

 C'est ainsi qu'au fil du temps, on visitera les couloirs désertés d'un hôtel d'apparence banale, mais parasité par une force diabolique poussant  ses résidents au meurtre et à la folie. On ira ensuite se restaurer dans un établissement réputé pour sa convivialité, ses mets raffinés et la personnalité charmante de ses propriétaires, mais dans les alentours duquel se produisent en cascade d'inquiétantes disparitions. Enfin, on recherchera fiévreusement, au moyen d'une enquête policière, le mystérieux auteur d'une série de meurtres atroces qui vient brusquement frapper Blue River, tandis qu'une partie de ses plus jeunes habitants semble atteinte d'un mal mystérieux...

 Charles Bitterson parvient ici avec brio à restituer de manière très convaincante l'esprit des séries fantastiques américaines des années 80 et 90, objectif qu'il s'était d'ailleurs ouvertement fixé en décidant de rédiger ces nouvelles. Son écriture, explorant les méandres quelquefois tortueux de la psyché de ses multiples personnages, insistant sur leurs particularismes comportementaux, accordant une large place aux dialogues tout en  recourant fréquemment à de concises descriptions qui favorisent l'immersion totale du lecteur dans leur contexte, font de ces trois nouvelles un vrai régal. 

 On se plaît à évoluer aux côtés des protagonistes de chaque histoire au coeur d'un microcosme provincial états-unien admirablement décrit dans ses moindres détails, et qui nous paraîtrait presque familier. Cela sent le vécu, on s'y croirait. Toutefois, la performance apparait d'autant plus remarquable lorsqu'on sait que notre auteur, malgré son nom de plume aux consonances anglo-saxonnes, est en réalité... Français.

 La France, pays dont le proverbial rationalisme cartésien a quelque chose de profondément navrant - voire de déprimant - n'est pas, à quelques notables exceptions près, réputée pour la grande richesse de sa scène littéraire en matière de fantastique. Et pourtant, bien qu'ils se voient maintenus dans l'ombre par une caste éditoriale et un grand public généralement peu friands d'étrangeté et de merveilleux, les auteurs anticonformistes qui résistent aux pressions de la tendance dominante et qui osent s'aventurer en terrain miné y existent bel et bien. Charles Bitterson est de ceux-ci.

 Nous ne sommes pas ici dans le registre de l'épouvante classique et suggestive, ni dans celui des outrances grand-guignolesques du gore, mais bien dans celui de l'horreur, qu'il convient de situer à mi-chemin entre les deux. Sans outrances mais sans négliger pour autant l'action parfois violente ni la description de scènes peu ragoûtantes, elle n'entend pas ménager son lectorat, et ne manquera pas de mettre quelquefois à rude épreuve les âmes les plus sensibles. 

 D'une approche résolument moderne, se situant même aux limites du polar et du thriller, c'est une horreur à la Stephen King, née du train-train un peu terne mais néanmoins confortable et rassurant de la vie dans un environnement propret, au sein duquel se produisent soudain des faits inhabituels qui viennent en briser brutalement la linéarité.
Dès lors s'instaure une atmosphère de plus en plus oppressante, affectant plus ou moins profondément l'attitude et le psychisme de tous les individus impliqués.

 L'anxiété puis l'angoisse se font vite palpables, vont crescendo, jusqu'à ce que le point paroxysmique du cauchemar et de l'impensable soit finalement atteint. Le dénouement, quant à lui, est très incertain, pouvant tout aussi bien se conclure par une fin heureuse que malheureuse, voire par un épilogue nuancé et ambigu. La formule ainsi résumée paraît fort simple, mais elle ne s'avère efficace qu'à condition d'en respecter scrupuleusement les dosages et de savoir en maîtriser les subtilités. Ce qui est indéniablement le cas du présent auteur, au talent prometteur s'il en est.

 En conclusion, en espérant que les descriptions qui précèdent auront su vous donner l'envie d'en découvrir davantage, je me bornerai donc à vous recommander vivement ce petit livre au style très vivant et aux intrigues bien ficelées, que j'ai littéralement dévoré du début à la fin sans ressentir la moindre sensation de longueur ni d'ennui. Si vous appréciez Stephen King et consorts, alors ceci, pour le moins, ne devrait logiquement pas vous déplaire.

Hans Cany



Titre : Les contes de Blue River
Auteur :
Charles Bitterson
Date de parution :
2011
Editeur :
The Book Edition
Format :
11cm X 17cm
Pages :
202
Prix : 11,98€

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